Sorties cinéma entre le 28 avril et le 12 mai pour les élèves du lycée Saint Exupéry de Valserhône.
Les deux premiers films ont été organisés pour accompagner un projet pédagogique (« L’étranger » et « La ferme des Bertrand ») , les deux autres, dans le cadre du dispositif « Lycéens et apprentis au cinéma »
1) Le mardi 28 avril, plusieurs classes du lycée professionnel (90 élèves) ont vu le film « L’Etranger » réalisé par François Ozon et inspiré du livre éponyme d’Albert Camus. Ces élèves avaient déjà étudié en cours de français des extraits du livre, ce qui leur a permis de mieux appréhender le film.
Publié en 1942, « L’Étranger » d’Albert Camus est un choc. Dans une France alors occupée, l’écrivain pose la première brique de sa fameuse philosophie de l’absurde. Il y utilise ce que l’on appellera « l’écriture blanche » : des phrases courtes, un style neutre, un ton factuel. Au fil des pages, le personnage-narrateur, Meursault, vivant à Alger en Algérie française, raconte des événements comme la mort de sa mère, sa rencontre avec Marie, le meurtre d’un Arabe sur la plage avec une distance glaçante. Ne ressent-il vraiment rien ? Il semble « asocial », « étranger » au monde et aux autres. De quoi le rendre forcément coupable aux yeux de la société.
A travers ce style d’une grande sobriété, Albert Camus met en lumière l’absurdité de la condition humaine. Et son étranger va devenir un classique et une référence littéraire.
Avec son film en noir et blanc, François Ozon a réussi à transcrire le silence, l’absence, l’absurde confronté au réel du personnage qui semble détaché du monde.
Cette superbe adaptation cinématographique qui parvient à donner corps au vide et à faire vibrer le monde sensible qui entoure son anti-héros, est un vibrant hommage à l’écrivain.
A la fin du film, les élèves ont applaudi, touchés par le personnage, tout particulièrement dans sa confrontation magistrale avec un prêtre venu lui rendre visite en prison.
Une expérience inoubliable !
2) Ce même jour du mardi 28 avril, trois autres classes du lycée professionnel ont regardé, dans la deuxième salle du cinéma « Les variétés », le film documentaire « La ferme des Bertrand ».
Le film retrace 50 ans dans la vie d’une ferme sur trois générations et parle de la transmission et de la réalité du monde agricole.
… Haute Savoie, 1972 : la ferme des Bertrand, exploitation laitière d’une centaine de bêtes tenue par trois frères célibataires, est filmée pour la première fois. En voisin, le réalisateur Gilles Perret leur consacre en 1997 son premier film, alors que les trois agriculteurs sont en train de transmettre la ferme à leur neveu Patrick et sa femme Hélène. Aujourd’hui, 25 ans plus tard, le réalisateur-voisin reprend la caméra pour accompagner Hélène qui, à son tour, va passer la main. A travers la parole et les gestes des personnes qui se sont succédé, le film dévoile des parcours de vie bouleversants où travail et transmission occupent une place centrale : une histoire à la fois intime, sociale et économique de notre monde paysan et un hymne à la nature.
Ce film récompensé par le César 2025 (meilleur film documentaire) nous permet d’évoquer en classe les questions d’environnement, des conditions de travail dans nos campagnes, l’influence déterminante des saisons et de la météo dans les travaux des champs et la passion de la terre pour ceux qui la travaillent. On pointe également du doigt toutes les difficultés qui poussent les jeunes à quitter l’agriculture avec le risque de voir, à court terme, nos campagnes désertées et notre économie de plus en plus dépendante de produits essentiels venant d’ailleurs.
3) Le jeudi 7 mai, plusieurs classes du lycée général, technologique et professionnel ainsi que quelques élèves de BTS Professions Immobilières, ont assisté à la projection du film « Psychose » d’Alfred Hitchcock (1960). Cette sortie s’inscrit dans le dispositif « Lycéens et apprentis au cinéma ».
Près de 150 élèves ont pu découvrir ce film qui est devenu culte et un réalisateur dont l’oeuvre est encore aujourd’hui une référence.
Dans ce thriller d’épouvante, Hitchcock renouvelle le genre et joue avec nos nerfs ! Dans la séquence-choc de la salle de bain, il ne se contente pas de tuer un personnage : il réalise la mort la plus iconique du cinéma en exécutant son héroïne, point d’ancrage central avec le public. Le cinéaste instaure ainsi un suspense inédit et absolu : si la star peut mourir, alors tout peut arriver.
Plus qu’un simple film d’horreur, « Psychose » est une fracture dans l’histoire du cinéma. Son héritage réside en sa capacité, plus de 60 ans après, à nous confronter à nos propres angoisses. En explorant la dualité de l’âme humaine, Alfred Hitchcock n’a pas seulement créé le thriller psychologique moderne : il a changé notre façon de frissonner à jamais.
Le retour en classe a donné l’occasion de plusieurs débats autour du personnage d’un psychopathe et de la figure maternelle qui reste centrale dans cette fiction. Les élèves ont visionné des extraits d’autres films du même réalisateur (« Les oiseaux », « La mort aux trousses »).
4) Le mardi 12 mai, plusieurs classes du lycée général, technologique et professionnel ont assisté à la projection du film d’animation franco-belge « Josep » réalisé par Aurel (2020). Cette sortie s’inscrit dans le dispositif « Lycéens et apprentis au cinéma ».
Février 1939. Submergé par le flot de Républicains fuyant la dictature franquiste, le gouvernement français les parque dans des camps. Deux hommes séparés par les barbelés vont se lier d’amitié. L’un est gendarme, l’autre est dessinateur. De Barcelone à New York, l'histoire vraie de Josep Bartolí, combattant anti-franquiste et artiste d'exception.
Né en 1910 à Barcelone, Josep Bartolí est dessinateur et caricaturiste. Militant du parti communiste catalan, c’est un partisan convaincu de la République, qu’il défendra armes et crayons à la main.
Après l’effondrement de la République, le 14 février 1939, Josep Bartolí s’exile en France. En l’espace de deux ans, il est incarcéré dans sept camps différents, dont Lamanère, Rivesaltes, Saint-Cyprien, Agde, puis Perpignan, où il contracte le typhus. Il parvient à s’enfuir grâce à la complicité d’un capitaine de l’armée française. Pour remercier cet officier, il lui offre quelques-uns de ses dessins. De Paris, il passe par Chartres, Orléans, La Ferté et Bordeaux, où il pense embarquer. Mais il est arrêté par la police et transféré dans le camp de Bram, où il commence à dessiner en cachette sur un carnet. Il poursuit son « œuvre de résistance » derrière les barbelés et réussit à s’évader de Bram. Arrêté près de Vichy par la Gestapo, il est envoyé au camp nazi de Dachau. Il parvient à sauter du train et à échapper à une mort programmée. Après un long périple, il parvient en 1943 au Mexique, qui offre l’asile à de nombreux réfugiés espagnols. Il y côtoie Diego Rivera et Frida Kahlo, auprès desquels il participe à l’ébullition de la révolution mexicaine.
Il s’installe ensuite aux États-Unis. Il y rencontre Rothko, Jackson Pollock, Kline et De Kooning, dessine dans la revue Holiday Magazine et dans le supplément reporter du Saturday Evening Post. Il meurt le 3 décembre 1995 à New York.
Ce film sensible et engagé qui rend hommage à l’artiste et à son combat pour la liberté, a été couronné par le César du meilleur film d’animation.
L’histoire de Josep Bartoli a donné l’occasion aux enseignants d’évoquer en cours la guerre civile espagnole, les brigades internationales, les camps français pour les exilés espagnols et aussi le rôle de l’art, rempart face à l’adversité et forme de liberté même derrière les barbelés.
E. MINTSI
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